La start-up Sigfox change de dimension

Le spécialiste français des réseaux pour objets connectés vient de lever 150 millions d’euros.Le groupe pétrolier Total et l’éditeur de logiciels américain Salesforce font partie des nouveaux actionnaires.

Sigfox joue dans la cour des grands maintenant. La start-up française vient de lever 150 millions d’euros auprès d’un panel d’investisseurs aussi prestigieux que diversifié. C’est un montant record pour ce spécialiste de l’Internet des objets (IoT), et l’une des plus grosses opérations jamais réalisées dans la French Tech. Depuis sa création, en 2010, la société a levé près de 300 millions d’euros. « Ce nouveau tour de table est l’un des plus importants de l’année dans l’IoT. Cela montre l’intérêt croissant des investisseurs et des industriels pour le secteur », commente Tom Rebbeck, du cabinet de conseil Analysis Mason.

Certains s’attendaient à mieux, alors que le chiffre de 500 millions avait circulé en début d’année. Pour Quentin Molinié, directeur associé d’eCap Partner, « cette opération peut être considérée comme un petit tour si l’on s’arrête aux valorisations. Elle était de 400 millions lors du dernier en 2015, et de 600 aujourd’hui. Habituellement, la valorisation double entre deux levées de fonds, ce qui peut expliquer en partie un montant plus faible que ce que l’on pouvait imaginer ». Quoi qu’il en soit, cela fait déjà beaucoup d’argent. Les fonds serviront à financer la poursuite du développement à l’international. L’entreprise déploie un réseau bas débit sur lequel peuvent se connecter des objets qui consomment peu d’énergie et envoient des signaux plutôt faibles en termes de volume de données. Après avoir entièrement couvert la France (2.000 antennes), Sigfox s’est lancé à l’assaut de l’Allemagne, des Etats-Unis et d’une vingtaine d’autres pays. Fin 2016, le réseau devrait s’étendre à 30 pays, puis à une soixantaine d’ici à deux ans. La société multiplie les partenariats avec des acteurs locaux pour accélérer son expansion. « Nous sommes les seuls à avoir déployé un réseau aussi vaste sur la planète », se félicite Ludovic Le Moan, le patron et cofondateur de Sigfox. Sa technologie est concurrente de LoRa, plébiscitée par de nombreux opérateurs télécoms, dont Orange et Bouygues Telecom en France.

Rassurer les clients et les partenaires

La levée de fonds doit également permettre à la start-up, qui emploie 300 salariés, d’atteindre l’équilibre financier plus rapidement que prévu. « Avec cet argent, on peut travailler sereinement », déclare Ludovic Le Moan, qui considère que le chapitre recherche de financement est désormais clos. « Cette levée est aussi un moyen de rassurer nos clients et partenaires, de leur montrer que l’entreprise est sérieuse, et que son modèle est pérenne », ajoute-t-il. L’entreprise, qui voit son chiffre d’affaires tripler chaque année, espère atteindre le cap des 100 millions en 2017.

Le rôle de bpifrance

Il n’y a pas que le montant de la levée qui fait sérieux. Pour mener cette opération, Sigfox a travaillé avec Lazard et Goldman Sachs, deux banques habituées à jongler avec les milliards de dollars des multinationales. Aux côtés des fonds traditionnels Idinvest Partners, Intel Capital et IXO PE, qui ont remis au pot, on trouve aussi de grands industriels comme Total. « L’avance acquise en si peu de temps sur le marché et leur capacité à accélérer le déploiement de solutions IoT nous a poussés à investir dans Sigfox », a commenté Patrick Pouyanné, le pdg du groupe, dans un communiqué. Total rejoint ainsi Engie et Air Liquide, qui avaient participé à la précédente levée, en 2015. « Cela renforce notre image à l’international, se réjouit Ludovic Le Moan. Et c’est une belle illustration de ce qu’est la French Tech : la rencontre des grandes entreprises et des start-up ».

Les Français ne sont pas les seuls à s’intéresser à Sigfox. Le californien Salesforce, spécialiste des logiciels de relation client en mode cloud, a également pris un ticket. Le partenariat ne sera pas simplement capitalistique : les deux entreprises travailleront ensemble pour marier leurs solutions dans le cloud. Bpifrance a également participé à ce nouveau tour de table. Et ce malgré les critiques de la Cour des comptes. Dans un rapport publié mercredi, celle-ci questionne la pertinence de certaines opérations. La banque publique avait déjà investi 8,5 millions d’euros en 2015. « On peut s’interroger sur la valeur ajoutée de bpifrance à ces tours de table, qui auraient probablement pu se boucler en son absence », considère l’institution de la rue Cambon. Des critiques balayées par Ludovic Le Moan. « Ils sont exactement dans leur rôle, en aidant les start-up et en ouvrant la voie à tout un écosystème pour les entreprises de demain. »

 

Romain Gueugneau


Supplément partenaire réalisé et animé par American Express. La rédaction des Echos n'a pas participé à sa réalisation.

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