« Dans la finance, il y a une place pour les acteurs disruptifs »

Interview de Philippe Carrel, Chief Alliances and Marketing Officer de Calypso

(Click here for the English version)

En tant que Chief Alliances et Marketing Officer de Calypso, Philippe Carrel est au cœur des grands bouleversements que connait la finance depuis plusieurs années. Editeur d’applications dédiées au trading, Calypso est un pionnier de la Fintech. Depuis 1997, l’entreprise de San Francisco développe des applications à destination des banques et autres acteurs intervenant sur les marchés de capitaux internationaux. Menacée par la crise de 2008, l’entreprise a su se réinventer. Elle compte désormais 200 clients à travers le monde, dont huit des premières banques mondiales, des banques centrales, des chambres de compensation… Retour sur le parcours d’une entreprise précurseur qui, fidèle à son ADN, vient de mener un test à grande échelle d’une solution innovante basée sur la blockchain. 

Instinct Business : Quelles ont été les clefs du succès de Calypso pour passer d’une startup à un champion mondial de son secteur ?

Chief Alliances et Marketing Officer chez Calypso, Philippe Carrel est un témoin privilégié du marché de la fintech

Philippe Carrel, Chief Alliances and Marketing Officer de Calypso.

Philippe Carrel : La clef selon moi est de trouver une niche propice à son développement. Puis de construire sa croissance sur cette base en adressant les besoins de ce secteur spécifique. Calypso est ainsi né il y a 20 ans sur le créneau de logiciels professionnels pour les banques. Nous avons démarré en créant un logiciel de back office pour HSBC. Notre terrain de développement de prédilection était le traitement les certificats de dépôts. Nous sommes devenus la référence en la matière. Et les clients sont venus nous trouver pour cette expertise précise. Cela a constitué notre premier flux de croissance sur lequel nous nous sommes appuyés. Puis nous avons élargi la palette de nos services.

 

« Le défi le plus important pour les entreprises en croissance est d’anticiper la prochaine tendance de marché ».

 

IB : Quel a été l’impact de la crise de 2008 dans le développement de votre business model ?

San Francisco

Le siège de Calypso à San Francisco.

P.C. : La crise nous a conduits à nous remettre profondément en question. Nous avons réadapté notre application en la dédiant aux opérations de compensation (CCP). Nous n’avions pas une longue expérience du processus de clearing en la matière, mais nous avons réussi à nous imposer sur ce segment. Le défi le plus important et difficile pour toutes les entreprises en croissance est de réussir à comprendre et anticiper quelle sera la prochaine tendance du marché. Et de réussir à s’y positionner pour profiter de cette dynamique. Cette capacité à s’adapter n’est pas commune et demande de prendre des risques. Vous devez imaginer et apprendre en amont ce que vous pourrez vendre plus tard.

IB : Quel sont désormais les perspectives de Calypso sur son marché ?

P.C. : Calypso est entré depuis juin 2016 dans une nouvelle phase de croissance. L’arrivée des fonds Bridgepoint et Summit Partners au capital nous donne un nouvel horizon. Ils nous font profiter de leur grande expérience de l’investissement dans les entreprises en forte croissance. Leur vision est d’investir pour accélérer notre développement. Celui-ci continuera à être porté par notre capacité à être disruptifs sur le marché, en combinant innovation et créativité.

IB : Quels sont justement les champs technologiques privilégiés pour vos futurs développement ?

Interface Calypso - Mock up

Calypso, leader mondial de solutions technologiques pour le trading et les opérations de compensation.

P.C. : Nous avons trois axes de travail principaux : les data grids, le cloud et la blockchain. Sur ce dernier aspect notamment, nous sommes en pleine phase d’expérimentation à grande échelle. Nous avons lancé il y a quelques semaines un essai international utilisant une plateforme directement inspirée de la blockchain, un distributed ledger développé par le consortium R3 dont nous faisons partie. Il a consisté à utiliser cette technologie dans le domaine des compensations. Et plus particulièrement pour la reconciliation automatique en temps réel de Special Settlement Instructions (SSI) dans des échanges de trade de Forex.

Cinq banques à travers le monde et un Asset Manager se sont prêtés au jeu. Les résultats ont été très satisfaisants : le matching était parfait et la confirmation immédiate pour l’ensemble des transactions. Nous allons dans les mois à venir effectuer d’autres essais, d’une plus grande ampleur impliquant plus de fonctionnalités, plus de volumes et plus de participants.

IB : En quoi consiste cette innovation ?

P.C. : La blockchain permet de transmettre de façon sécurisée et non duplicable un fichier ou une donnée sur un réseau décentralisé. Ce fichier est appelé Golden Copy. Cette technologie, et ses dérivés, peut ainsi garantir de façon incontestable un transfert de propriété entre un vendeur et un acheteur. La blockchain pourrait donc être utilisée en substitution des registres habituellement tenus par des tiers de confiance. Et notamment dans les métiers de la banque pour les compensations, secteur dans lequel nous sommes leaders. La blockchain pourrait donc à terme être une véritable révolution dans notre domaine. Nous tenons donc à être en pionnier sur le sujet !

 

                 « La blockchain va créer des milliers de start ups. Beaucoup vont échouer. »                 

 

Calypso-blockchain_instinct-businessIB : Quel est le potentiel d’une technologie comme la blockchain dans la fintech ?

P.C. : Le potentiel est énorme ! La blockchain va générer la création de milliers voire des centaines de milliers de start ups. Beaucoup vont échouer. Comme pour tout saut technologique, le réglage de la technologie et son adoption par le marché va prendre du temps. Le défi sera donc celui du timing. Aujourd’hui, la blockchain soulève encore de nombreuses questions et reste au stade de la R&D. Mais la technologie va devenir une brique essentielle des solutions du futur. Notre ambition avec Calypso est de nous positionner dès maintenant comme une plateforme portail permettant de créer des ponts entre la blockchain et les solutions existantes.

IB : Quelles sont vos ambition en matière de cloud ?

P.C. : Il y a une aujourd’hui une vraie demande du marché pour des solutions plus flexibles, plus agiles… L’avantage des applications en cloud est qu’elles ne nécessitent pas une révision totale de son infrastructure d’entreprise pour les mettre en place. Autre avantage : un accès possible au logiciel sans contrainte partout dans le monde. Nous développons depuis 10 ans déjà des solutions cloud. Mais le développement du cloud était jusqu’à présent limité par une accessibilité au réseau encore limitée. Ces barrières commencent à tomber peu à peu et nous allons donc accélérer le déploiement de ces solutions.

 

 

IB : Calypso est déjà présent partout dans le monde. Pourquoi ce besoin de présence locale lorsque l’on commercialise une solution dématérialisée ?

P.C. : Lorsque vous vendez une solution technologique, vous vendez également une conduite de projet, un programme de transformation. Nous devons être en mesure de fournir ce support direct, cet accompagnement dans tous les pays où nous commercialisons nos produits. Nous avons donc ouverts de nombreux bureaux à travers le monde. Notre ambition, avec l’arrivée de nos nouveaux actionnaires, et d’approfondir notre présence régionale. Nous avons notamment de nouveaux clients en Chine, à Taïwan ou aux Philippines notamment. Ces percées donnent lieu à l’implantation et au renforcement de nos équipes locales. C’est un des axes majeurs de développement pour s’implanter toujours plus en profondeur auprès des acteurs financiers.

 

                          « Calypso était une fintech avant que le mot fintech existe. »                            

 

IB : Calypso était une fintech avant que le mot fintech existe. Quelle est votre vision de secteur actuellement en plein boom ?

P.C. : Dans ce secteur, vous devez avant tout rester humble. Les changements peuvent en effet être très rapides. L’explosion des fintechs est globale, avec notamment de belles initiatives dans toute les capitales financieres, et meme en Chine ou en Nouvelle Zélande. Ce phénomène s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs. D’abord les évolutions technologiques rapides, notamment en matière de connectivité et de capacité des réseaux. Nous en sommes presque au point où tout est accessible de quelque endroit où l’on se trouve. Ensuite, concernant le marché des banques en particulier, celles-ci sont obligées depuis dix ans de faire plus avec moins. Il y a donc une vraie demande d’innovation et d’adaptation. Ces deux facteurs font qu’il y a dans la finance un besoin de transformation si grand et si complexe que les challenges sont presque sans fin. Et cela laisse la place à de nouveaux acteurs proposant des solutions disruptives. Il y a donc encore une place pour des personnes qui savent rêver et trouver leur niche porteuse.

 


English version

 

« In finance, there is still room for new players proposing disruptive solutions. »

Calypso-san francisco

As Calypso’s Chief Alliances and Marketing Officer, Philippe Carrel is a prime observer of the many great upheavals that have been under way in the finance sector for several years. Calypso, a software developer dedicated to trading, is a Fintech pioneer. Since 1997, the San Francisco company has been developing applications for banks and other players in international capital markets. Threatened by the 2008 crisis, it reinvented itself. Calypso now has 200 clients worldwide, including eight of the world’s leading banks as well as central banks, clearing houses… We look back with Philippe Carrel at the journey of this precursor company, which, faithful to its DNA, has just conducted a large scale test of an innovative solution based on blockchain.

Instinct Business: What were the keys to Calypso’s success in moving from a startup to a world champion in its sector?

Philippe Carrel, Chief Alliances and Marketing Officer, Calypso.

Philippe Carrel: The key to me is to find a niche conducive to your development. Then build your growth on this basis by addressing the needs of this specific sector. Calypso was born 20 years ago on the niche of professional software for banks. We started by creating a back office software for HSBC. Then our core business evolved toward processing credit default swaps. We became the benchmark software in this area. And the customers came to find us for this precise expertise. This was our first growth flow, which we relied on. Then we expanded our range of services.

 

     « The most important challenge for growing companies is to anticipate the next market trend. »         

 

IB: What was the impact of the 2008 crisis on the development of your business model?

San Francisco

Calypso San Francisco HQ

P.C.: The crisis has led us to question ourselves deeply. We have repurposed our application by making it suited to clearing operations (CCP). We did not have a long experience of the clearing process in this area, but we managed to become a leader on this segment. The most important challenge for all growing companies is to understand and anticipate the next market trends. And to succeed in positioning itself to take advantage of this dynamic. This ability to adapt is not common and requires taking risks. You have to imagine and learn upstream what you can sell later on.

IB: What are the prospects for Calypso in its market?

P.C.: Since June 2016, Calypso has entered a new phase of growth. The arrival of the Bridgepoint and Summit Partners funds in our capital gives us a new horizon. They provide us with their extensive experience in investing in fast-growing companies. Their vision is to invest to accelerate our development. This will continue to be driven by our ability to be disruptive on the market, combining innovation and creativity.

IB: What are the privileged fields of technology for your future development?

Interface Calypso - Mock upP.C.: We have three main lines of work: data grids, cloud and blockchain. On the latter aspect, we are in the midst of large-scale experimentation. We launched a few weeks ago an international trial using a platform directly inspired by the blockchain. It relied on a distributed ledger developed by the R3 consortium of which we are part of. It consisted in using this technology in the area of matching and confirmation. And more specifically for the real-time automatic reconciliation of Special Settlement Instructions (SSI) in Forex trade exchanges. Five banks around the world and an asset management firm have lent themselves to the game. The results were very satisfactory: the matching was perfect and there was real-time confirmation for all transactions. In the months to come, we will be conducting further testing, with a larger scope involving more features, more volumes and more participants.

IB: What are the advantages of this innovation?

P.C.: The blockchain allows to transmit in a secure way an electronic object or data on a decentralized network. This object is called a Golden Copy and is impossible to duplicate. This technology, and its derivatives, can thus undoubtedly guarantee a transfer of ownership between a seller and a buyer. The blockchain could therefore be used as a substitute for registries usually held by custodians, or in bank trade clearing and settlement, the sector in which we are leaders. The blockchain could ultimately be a real revolution in our field. So we want to be a pioneer on the subject!

 

         « The blockchain may create hundreds of thousands of start ups. Many will fail. »            

 

Calypso-blockchain_instinct-business

IB: What is the potential of a technology like blockchain for fintech companies?

P.C.: The potential is enormous! The blockchain will generate the creation of thousands or even hundreds of thousands of start ups. Many will fail. As for any technological leap, the adjustment of the technology and its adoption by the market will take time. The challenge will be timing. Today, the blockchain still raises many questions and remains at the stage of R&D. But it will certainly become an essential building block of the solutions of the future. Our ambition at Calypso is to position ourselves now as a portal platform to create bridges between the blockchain and the existing solutions.

IB: What are your ambitions regarding cloud-based solutions?

P.C.: There is a real market demand today for more flexible and agile solutions. The advantage of cloud applications is that they do not require a complete overhaul of the corporate infrastructure for their implementation. Another advantage is that you can access the software without constraints from anywhere in the world. We have been hosting systems as a service for 10 years. But the development of the cloud was limited until now by network accessibility. These barriers are falling rapidly and we are accelerating the deployment of cloud solutions.

 

 

IB: Calypso is already present all over the world. Why this need for local presence when your product is a digital solution?

P.C.: When you sell a technology solution, you also sell project management and transformation programs. We must be able to provide direct support in all countries where we market our products. So we opened many offices around the world. Our ambition, with the arrival of our new shareholders, is to deepen our regional presence. For example, we have new customers in China, Taiwan, The Philippines and Africa. These breakthroughs lead to the establishment and strengthening of local teams. It is one of our major axes of development to become broadly and more deeply involved in emerging markets.

 

            « Calypso was a fintech before the word fintech even existed. »                                                     

 

IB: Calypso was a fintech before the word fintech even existed. What is your vision of this booming sector?

P.C.: In this sector, you must above all remain humble. Change comes around very fast. The explosion of fintechs is global, with notable initiatives in all financial capitals, and even in China or New Zealand for example. This is due to a combination of factors. First, rapid technological developments, particularly in terms of connectivity and network capacity. We are almost at the point where everything is accessible from wherever you are. Then, with regard to the banking market, banks have been obliged to do more with less for the last ten years. There is therefore a real demand for innovation and adaptation. These two factors make that financial institutions are challenged on every front. This leaves room for new players proposing disruptive solutions. There is still room for people who dream and manage to find their development niche.


Supplément partenaire réalisé et animé par American Express. La rédaction des Echos n'a pas participé à sa réalisation.

Inspirez-vous. Informez-vous


Ne manquez rien
de l'actualité business !

Recevez une fois par mois la newsletter InstinctBusiness.

Conformément à la loi «informatique et libertés» du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d’un droit d’accès et de rectification aux informations vous concernant. Pour exercer ce droit, contactez : American Express Carte France, GCP, 4 rue Louis Blériot, 92561 RUEIL MALMAISON Cedex. Données collectées à des fins commerciales.