« La FinTech entre dans une nouvelle phase : l’âge de la raison » (1/2)

Interview d’Alan Clot, Président de France FinTech (1/2)

Avec un pied dans la banque et l’autre dans l’innovation, qui mieux qu’Alain Clot pouvait-il se faire le porte-parole de la FinTech française ? En plein boom, le secteur est l’objet de toutes les attentions. Lendix, Kiss Kiss Bank Bank et Lendopolis dans le financement, Finexkap dans l’affacturage, Compte Nickel, dans la néo-banque, Lydia, ou encore Leetchi et Slimpay dans le paiement… Autant de marques qui ont su séduire clients et investisseurs. En 2015, pour structurer ce mouvement et lui donner voix au chapitre, les entrepreneurs de la FinTech se sont regroupés pour créer l’association France FinTech. A l’occasion du grand événement « FinTech Revolution », qui se tient ce mardi à la Gaité Lyrique (Paris), nous dressons avec Alain Clot un panorama d’un secteur en pleine mutation.

 

Instinct Business : Pouvez-vous nous en dire plus sur cette nouvelle édition de FinTech Revolution ?

France-Fintech_Fintech Revolution 2016_8Alain Clot : L’année dernière, nous avons réuni plus de 1000 personnes pour FinTech Révolution au Pavillon Gabriel. Notre objectif avec cet évènement est de proposer une vraie immersion dans le monde des FinTechs : démonstrations des nouvelles technologies, pitchs de startups, conférences et débats… Nous souhaitons être un laboratoire et un lieu de rencontres. Nous réunissons tout l’écosystème des FinTechs en France et nous invitons des influenceurs majeurs du secteur du monde entier. Cette année, nous allons réunir un plateau exceptionnel : Alexa Von Tobel, CEO de Learnvest, Ron Suber, CEO de Prosper, le Ministre des finances de la Lituanie où il se passe des choses incroyables sur les FinTechs. Au programme : discussion sur les partenariats FinTech/grands groupes, sur la néo-banque, sur le développement des robo-advisors… Un de nos plateaux réunira aussi Sadiq Khan, le maire de Londres et Axelle Lemaire, pour parler des conséquences du Brexit.

 

FinTech Revolution 2016

 

IB : Quelle est la dynamique du secteur des FinTechs en France ?

A.C : Elle est plutôt bonne, avec de très belles réussites. Nous avons tendance à l’oublier, mais c’est en France que sont nés les premiers modèles alternatifs comme Boursorama et Cortal Consor. Mais il est vrai que nous avons depuis perdu du terrain sur les anglais. Il manquait jusqu’à récemment à Paris des capacités d’investissement en capital risque, un régulateur sensible à l’innovation et un écosystème dynamique. Sur ces trois points, de nombreux progrès ont été réalisé ces dernières années. La France figure désormais aux premiers rangs en Europe en matière de Capital Risque. Le régulateur a aussi beaucoup évolué, allant même jusqu’à proposer un accompagnement très en amont aux startups du secteur. Mais il n’en reste pas moins qu’en Europe, les 2/3 des FinTechs sont actuellement installées à Londres.

 

« Il faut un siècle pour déplacer une banque, il suffit de 3 clics pour déplacer une FinTech ! »

 

IB : La situation va-t-elle changer avec le Brexit qui se profile ?

Londres-BrexitA.C. : C’est une certitude ! Les startups installées au Royaume-Uni vont perdre leur passeport européen leur permettant d’exercer leur activité dans le reste de l’Europe avec le même agrément. Or, les FinTechs ont presque toutes au moins une vocation pan-européenne voire mondiale. Et, alors qu’il faut un siècle pour déplacer une banque, il suffit de 3 clics pour déplacer une FinTech ! (en grossissant un peu le trait…). Ces entités hautement mobiles et dématérialisées regardent donc dores et déjà vers le continent. Il y a actuellement une très grande effervescence dans les différentes places, avec une concurrence féroce entre Berlin, Paris, Luxembourg et Dublin pour attirer ces startups à la recherche d’un nouvel point d’ancrage.

IB : Paris et la France peuvent-ils tirer leur épingle du jeu ?


A.C. :
LA France a clairement de nombreux atouts à faire valoir ! D’abord, un très beau marché intérieur de plus 65 millions de consommateurs. Ensuite, la France est désormais un territoire particulièrement propice à la création d’entreprise. Ne l’oublions pas, en 2015 et 2016, nous avons été champions du nombre de créations d’entreprise en Europe. Enfin, nous avons des compétences de niveau mondial en data science et informatique. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si nos ingénieurs peuplent les GAFAM. Celle-ci est de plus couplée à une culture financière historique. Le principal frein à notre attractivité reste selon moi l’imprévisibilité en matière de charges et en matière réglementaire. France-Fintech_Fintech Revolution 2016_11Chaque année, le législateur se livre à un véritable « Concours Lépine » réglementaire et fiscal. Comment faire un business plan si la fiscalité n’est pas stable ? Les startups ont besoin de prévisibilité et de vision pour pouvoir grandir.

IB : Quel est votre regard sur l’histoire de ce secteur encore jeune ?

A.C : Le marché des FinTechs entre aujourd’hui dans une nouvelle phase. C’est pourquoi nous avons appelé cette édition de notre évènement « L’âge de raison ». La première phase était une phase adolescente avec une grande effervescence et l’apparition de nouveaux services. Elle s’est caractérisée par une grande « verticalité ». Chaque startup s’attachait à servir ses clients sur un métier unique pour une clientèle principalement composée de particuliers : le paiement, le transfert de fonds, l’investissement, le financement participatif… L’innovation était centrée sur un nouvel usage, la  cagnotte en ligne par exemple, plutôt que sur la technologie. Désormais, de nombreux facteurs indiquent que nous sommes entrés dans l’ère de la maturité.

 

                    « La Blockchain est encore une solution qui cherche un problème »                

 

IB : Comment se caractérise cette nouvelle phase ?

France-Fintech_Fintech Revolution 2016_15A.C. : Cette deuxième vague est portée par la technologie. Il y a trois moteurs qui poussent l’ensemble du secteur. Tout d’abord l’intelligence artificielle. Elle est centrale pour la FinTech et est aujourd’hui de plus en plus mature. Les applications sont déjà très nombreuses dans les domaines du conseil, de l’investissement, de la réponse client… Ensuite, le BlockChain représente évidemment un potentiel énorme en termes d’usages, notamment pour la gestion des embarquements, le transfert  ou le stockage des données. Mais il reste cependant encore plusieurs sujets à traiter avant de pouvoir déployer cette technologie à une large échelle. C’est encore, dans une certaine mesure, « une solution qui cherche un problème ». Enfin, l’émergence de l’internet des objets (IoT) permet d’envisager de très nombreuses applications, pour l’assurance en particulier. Les startups du secteur travaillent toutes sur le développement d’usages combinant ces technologies. La clientèle quant à elle est en train d’évoluer des particuliers vers les entreprises et une clientèle privée haut de gamme.


Vous aimerez aussi :
« Propice à la disruption, le marché français de la FinTech est extrêmement porteur » – Interview d’Alain Clot, Président de France FinTech (2/2)


IB : Quelles sont les autres caractéristiques de ce nouvel âge des FinTechs ?

A.C. : L’évolution de la législation et de la règlementation permet désormais d’innover en envisageant de nouveaux usages. C’est le cas notamment avec l’entrée en vigueur de la Loi pour une République Numérique et celle, prochaine, de la 2ème Directive européenne sur les Services de Paiements (« DSP2 »). Une autre tendance de cette nouvelle phase est l’internationalisation. Avec notamment de très belles opportunités en Europe, mais aussi sur le continent africain. Ce continent n’a pas l’héritage de 150 ans de banque traditionnelle et se trouve en pointe sur plusieurs innovations, notamment dans le domaine des paiements où il y a eu un impressionnant bond technologique. Or la France a des liens historiques forts avec l’Afrique. Il ne faut ni les surestimer, ni les sous-estimer. Cette communauté de langue et d’histoire permet d’ouvrir des opportunités. Nous voyons là un des plus gros marchés potentiels à moyen terme.

 


Supplément partenaire réalisé et animé par American Express. La rédaction des Echos n'a pas participé à sa réalisation.

Inspirez-vous. Informez-vous


Ne manquez rien
de l'actualité business !

Recevez une fois par mois la newsletter InstinctBusiness.

Conformément à la loi «informatique et libertés» du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d’un droit d’accès et de rectification aux informations vous concernant. Pour exercer ce droit, contactez : American Express Carte France, GCP, 4 rue Louis Blériot, 92561 RUEIL MALMAISON Cedex. Données collectées à des fins commerciales.